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Dansong

« Nous étouffons dans l’œuf / Nos désirs les plus fous / En achetant du neuf / Avec nos petits sous. »

Ces deux artistes Lionel Damei, auteur, interprète, comédien et Léo-Paul Martinello, danseur, nous invitent ainsi à « entrer dans la ronde ». Cette satire du capitalisme évoque la folie de l’achat et l’intérêt financier des vendeurs pour qui « tout doit disparaître et nous avec ». L’illustration chorégraphique et poétique de cette chanson nous plonge de manière sensible et émouvante dans l’oniomanie. La danse devient alors la fièvre acheteuse et s’emballe avec élégance. Le ton endiablé de la folie et du drame est donné. 

Lionel chante aussi l’illusion d’être deux, pense avec beaucoup de tendresse au dépressif Auguste et à son mal être intérieur, « dans un état si proche de la mort ». Il apparaît devant nous tel un Rimbaud des temps modernes qui « se repasse le fil du temps de la passion ». Mais la tragédie de l’amour n’épargne personne : « Auguste doit dire adieu à son amour suprême ». Cette chanson intime et romantique nous offre un duo artistique remarquable entre fragments poétiques et chorégraphiques, entre mots perlés et gestes velouteux. 

Dans ce DanSong, nous voyageons de l’intime à l’extime, du personnel à l’altérité, de l’amour à l’engagement, de la tendresse à la violence. Dans cette odyssée de l’art et de la vie, nous sommes émus par l’énergie de ces passeurs d’énergie et de rêves où les corps s’encerclent, se rejoignent ou se séparent. 

Nous sommes comme Aline, autre personnage chanté et mouvementé, qui s’inquiète de « la montée des extrêmes » et qui fait le constat que les « humanistes » sont « en berne ». Cette magnifique chanson sur les migrants nous propose un nouveau regard sur l’autre, celui d’un homme qui rêve et qui crie : « Crevé de froid loin de mon Afrique ». Certaines phrases prennent une tournure générale grâce à un présent gnomique qui se veut humaniste : « Un être humain en perdition n’est rien d’autre qu’un petit enfant ». 

Une autre chanson ironise sur les fêtes commerciales comme la saint Valentin : « c’est le jour fatidique / encore une fête à fric / qui sent le sapin ». Le danger serait-il de tout commercialiser, l’amour y compris ? La formule littéraire « on bovaryse lucide  » fait écho à une intertextualité flaubertienne qui place ce DanSong quelque-part entre romantisme, classicisme et baroquisme. 

La danse devient parfois un tableau et nous donne à voir une autre réalité, le portrait d’un amant rêvé. La référence au peintre Caravage confirme le côté baroque de certaines couleurs, tout comme le noir très présent dans les costumes, l’obscurité du monde, l’impétuosité de nos deux artistes. 

Musicalement, les chansons au piano, teintées d’électro, de pop, aux accents latinos, entre l’Espagne, l’Italie et la Corse, dessinent des rythmes percutants et illuminent nos cœurs. 

Lionel Damei a son « piano de pierre et de lumière », « sa terre d’exil », l’amour, le rêve et la poésie. Léo-Paul Martinello a ses pas balancés, sa démarche de dandy et d’acrobate qui peut aller jusqu’à la transe, son regard de bad boy et de nouveau romantique. Les deux ont l’élégance et le talent. Cette harmonie « entre un chanteur douce France et un danseur des rues » est réussie. Leur union groove, leur force slame et transmet de belles émotions tout au long de ce spectacle si bien écrit et si bien composé. Bravo ! 

Joshua Laffont-Cohen

Attachée de presse: Dominique Lhotte

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