Mort de Bunny Munro de Nick Cave : une œuvre littéraire qui sonde les abîmes moraux de l’homme contemporain !

Publié aux Éditions de la Table Ronde – Quai Voltaire, Mort de Bunny Munro, le second roman de Nick Cave, avait d’abord paru chez Flammarion en 2010, puis en édition Points en 2011. Roman de la chute et de la perdition, ce texte noir, obscène et profondément humain confirme le talent littéraire d’un artiste protéiforme, capable de transformer le sexe, la mort et la culpabilité en matière romanesque brûlante.
« Je suis foutu songe Bunny Monro avec la lucidité de ceux qui vont bientôt mourir ». Dès la première phrase, le héros du roman se sait déjà condamné. Sa femme vient de se suicider, son monde s’est fissuré. Son existence se réduit désormais à une errance mécanique sur les routes du sud de l’Angleterre. Représentant en cosmétiques, Bunny sillonne les zones pavillonnaires, frappe aux portes, vend des crèmes… et s’offre des parenthèses sexuelles aussi sordides que compulsives. Dans cette dérive, il embarque son fils de neuf ans, Bunny Junior, enfant silencieux, surdoué, observateur, et qui attend dans la voiture pendant que son père s’abîme. Dans cette fuite en avant, Bunny Junior est le spectateur muet et troublant d’un naufrage annoncé.
Dans son second roman, Nick Cave ne cherche jamais à excuser son personnage ou à le rendre aimable. Bunny est obscène, irresponsable, alcoolique, obsédé. C’est un homme dont 95 % des pensées sont gouvernées par un désir sexuel mécanique, sans aucune morale ni esthétique. Seuls ses désirs sexuels tiennent lieu de boussole morale. Il incarne une masculinité caricaturale, presque grotesque, où l’homme se confond avec ses pulsions. Au fil des 320 pages, le romancier a enferme le lecteur dans la tête ravagée de cet antihéros porté par son flux de pensées grotesques et désespérées, au point de rendre sa chute inévitable.
L’écriture de Nick Cave frappe et fascine par son rythme obsessionnel. Les phrases tombent drues, syncopées, répétitives, presque métronomiques, scandées comme un refrain malsain. À la surface, le sexe, l’alcool, les pulsions. En profondeur, une immense vacuité, une angoisse religieuse avec le sentiment d’un homme abandonné de Dieu. Plus qu’un malade, Bunny est un possédé, un pécheur drogué à sa propre fin, hanté par le fantôme réel ou fantasmé de sa femme, par des figures de revenants, de pères décrépits, de maris vengeurs ou de tueurs mythologiques à cornes.
Roman de la route, Mort de Bunny Munro est aussi un livre sur la paternité impossible. Bunny Junior incarne ce qui reste d’humanité chez son père. Dans le chaos de sexe et de mort orchestré par le texte, surgissent parfois des zones de calme, des paragraphes suspendus, comme l’œil d’un cyclone. Bunny, caricature masculine parfaite pour un féminisme radical, antihéros pathétique et phallus en errance se débat malgré tout avec l’idée de transmission. Mais ses tentatives sont dérisoires, souvent grotesques, parfois bouleversantes.
Le roman se lit comme une descente aux enfers aux accents bibliques. La référence religieuse est constante, discrète mais insistante. Bunny est un homme sans grâce, incapable de s’élever, condamné à répéter les mêmes gestes, les mêmes fautes. Il est la caricature masculine parfaite pour un féminisme radical, antihéros pathétique et phallus en errance qui se débat malgré tout avec l’idée de transmission. C’est une paternité impossible au cours de scènes souvent pathétiques, parfois sublimes qui donnent au roman ces rares moments de grâce. Dans ce chaos de sexe et de mort surgissent parfois des moments suspendus, des moments d’accalmie, comme une petite lueur fragile : c’est son fils. Bunny Junior incarne ce qui reste d’humanité chez son père., une forme de pureté, d’intelligence silencieuse,. Les tentatives de transmission du père, souvent pathétiques, parfois sublimes, donnent au roman ces rares moments de grâce.
Parfois comparé à Bret Easton Ellis ou d’Hubert Selby Jr., Nick Cave se distingue par une écriture plus classique, plus maîtrisée, moins cynique. Son humour noir, la fluidité du récit, la précision des situations délirantes témoignent d’une justesse et d’un véritable sens romanesque dans la description de cette tragédie moderne. Presque vingt ans après Et l’âne vit l’ange, ce second roman confirme un talent littéraire rare. On y décèle certes quelques naïvetés, quelques effets appuyés, mais l’énergie et la subtilité de l’ensemble l’emportent largement.
Dès le titre on sait que Bunny Munro est condamné à mort, prisonnier de ses obsessions, condamné à se répéter jusqu’à l’épuisement. Et pourtant, Nick Cave réussit un tour de force de nous tirer une larme là où l’on s’attendrait à refermer le livre avec une satisfaction morbide. Dans un dernier souffle, Bunny lâche : « C’est juste que j’ai trouvé ça dur d’être bon, en ce monde. » Il ne l’a pas été. Mais le roman, lui, l’est profondément.
Mort de Bunny Munro confirme que Nick Cave n’est pas seulement une icône du rock, mais un écrivain à part entière habité par une authentique ambition littéraire. Une œuvre dérangeante, déroutante, et durable.
Article signé : Jean Christophe mary
Mort de Bunny Munro
Nick Cave
Editions la Table ronde – Quai Voltaire
Traduit de l’anglais par Nicolas Richard
320 PAGES – 23 €
FORMAT: 135 X 220
Publié le 24/12026 par Léa Berroche
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