Pink Floyd – At Pompeii MCMLXXII : cinquante ans après Steven Wilson rallume le feu !
En 1972, le cinéaste Adrian Maben installe ses caméras dans l’ancien amphithéâtre romain de Pompéi pour filmer Pink Floyd jouant au milieu des ruines, sans public, face aux pierres et au ciel brûlant. Cinquante ans plus tard, le film restauré et l’album remixé par Steven Wilson révèlent combien ces longues fresques instrumentales annonçaient déjà la carrière internationale et l’explosion planétaire à venir.

Avant les stades gigantesques, avant la démesure de The Dark Side of the Moon ou de The Wall, il y eut ce moment suspendu. Live At Pompeii MCMLXXII immortalise ce moment de bascule. Capté en octobre 1971 dans un théâtre antique désert, ce concert hors norme voit Pink Floyd explorer, étirer, modeler sa musique comme une matière vivante. Cinquante ans plus tard, l’édition anniversaire publiée par Columbia Records offre enfin à cette performance singulière, une splendide restitution sonore à la hauteur de sa légende. Plus qu’un simple live, c’est la radiographie d’un groupe en pleine mutation.
Fondé en 1965, Pink Floyd traverse d’abord l’ère psychédélique sous l’impulsion créative du guitariste chanteur Syd Barrett avant d’entrer, après son départ en 1968 dans une phase d’expérimentation audacieuse. Avec Roger Waters, David Gilmour, Richard Wright et Nick Mason, le groupe affine une identité sonore singulière à base de longues plages instrumentales, de climats atmosphériques planants entrecoupés de tensions électriques. Le quatuor structure l’architecture sonore et façonne un langage musical entre rock psychédélique et rock progressif qui fera bientôt école.
Pompeii capture précisément ce moment charnière. Lorsque le groupe s’installe au cœur des ruines italiennes, il n’est pas encore le phénomène planétaire que deviendra l’année suivante l’auteur de The Dark Side of the Moon, puis de The Wall. La setlist privilégie les pièces majeures de la période post-Barrett et de l’album Meddle. « Echoes », ici scindé en deux parties pour ouvrir et refermer le disque, déploie ses nappes hypnotiques et ses montées progressives avec une ampleur saisissante. « One of These Days » met en lumière la frappe implacable de Nick Mason. « Set the Controls for the Heart of the Sun » illustre la dimension cosmique du groupe, tandis que « A Saucerful of Secrets », dans sa version intégrale, mêle expérimentation avant-gardiste et élévation quasi liturgique. Quant à « Careful with That Axe, Eugene », le cri halluciné de Waters fend l’air comme une déflagration. Les nappes d’orgue de Richard Wright élèvent « A Saucerful of Secrets » vers une dimension quasi liturgique. La batterie martiale de Nick Mason sur « One of These Days » annonce déjà la frappe implacable des années 70. L’enregistrement se déroule dans des conditions uniques : aucun public, seulement l’équipe de tournage, le soleil italien et l’acoustique minérale de l’amphithéâtre romain. Cette absence de public intensifie la concentration et le silence environnant confère aux morceaux une intensité presque mystique. On y entend le groupe respirer, dialoguer, improviser avec les pierres et le ciel.
La grande nouveauté de cette nouvelle édition tient au travail minutieux du producteur et musicien Steven Wilson. Pour la première fois, il s’attaque au catalogue Floydien et supervise un remix complet. Connu pour son exigence audiophile et son respect des œuvres originales, le leader de Porcupine Tree signe ici un travail d’une remarquable finesse. Là où certaines versions précédentes accentuaient la brillance lui privilégie l’équilibre la spatialisation pour insuffler une nouvelle profondeur, une nouvelle respiration à l’enregistrement initial. Le résultat est saisissant : les guitares gagnent en relief, la basse se fait plus charnelle, gagne en densité, les claviers de Wright retrouvent leur velouté organique. L’ensemble bénéficie d’une spatialisation immersive, notamment en Dolby Atmos qui éclaire les détails sans altérer l’esprit originel. C’est un véritable bonheur de redécouvrir ces titres à la fois restaurés et réinventés.
Le second disque propose deux pièces supplémentaires : une prise alternative de « Careful with That Axe, Eugene » et une version non éditée de « A Saucerful of Secrets ». Des compléments qui complètent utilement ce témoignage d’époque et qui raviront là coup sûr les passionnés désireux d’explorer chaque nuance de cette performance hors du temps.
Plus de cinquante ans après sa captation, At Pompeii MCMLXXII bénéficie d’un écrin sonore à la hauteur de sa légende. Restauration visuelle soignée, remix inspiré de Steven Wilson et bonus pertinents, les fan comme les collectionneur seront frappés par la qualité de l’ensemble. Si en 1971 à Pompéi le temps semblait comme suspendu, cette édition montre en tout cas qu’il n’a rien effacé.
Article signé Jean Christophe Mary

Pink Floyd – At Pompeii MCMLXXII (Columbia/ Sonymusic)
Disc 1
1 Pompeii Intro [Live at Pompeii – MCMLXXII/2025 Mix]
2-Echoes, Pt. 1 [Live at Pompeii – MCMLXXII/2025 Mix]
3-Careful with That Axe, Eugene [Live at Pompeii – MCMLXXII/2025 Mix]
4-A Saucerful of Secrets [Live at Pompeii – MCMLXXII/2025 Mix]
5-One of These Days [Live at Pompeii – MCMLXXII/2025 Mix]
6-Set the Controls for the Heart of the Sun [Live at Pompeii – MCMLXXII/2025 Mix]
7-Mademoiselle Nobs [Live at Pompeii – MCMLXXII/2025 Mix]
8-Echoes, Pt. 2 [Live at Pompeii – MCMLXXII/2025 Mix]
Disc 2
1- Careful with That Axe, Eugene [Alternate Take/Live at Pompeii – MCMLXXII/2025 Mix]
2 – A Saucerful of Secrets [Unedited/Live at Pompeii – MCMLXXII/2025 Mix]
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