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Un recueil de 13 nouvelles pour Martine Lombard : Passe-passe

Les éditeurs Médiapop ont ouvert leurs portes en 2011. Depuis, la ligne éditoriale semble se porter sur un catalogue très varié avec des lectures vraiment atypiques, qui sortent du lot. Plutôt que de miser sur la sécurité d’un ouvrage classique et qui correspond en tout point au « produit parfait », la parole est aux artistes qui souhaitent s’exprimer autrement et différemment. C’est le cas de Martine Lombard, l’auteure du livre Passe-passe. Originaire d’Allemagne, elle a grandi à Berlin-Est. C’est-à-dire qu’elle a connu une des périodes les plus étranges et terribles de la nation : la séparation de l’Etat alors vaincu par les Alliés en 1945. Désormais, l’artiste vit à Strasbourg : elle dévoue sa vie à l’écriture. D’ailleurs, Passe-Passe est son tout premier ouvrage rédigé en langue française pour cette femme partagée entre deux pays. Avec un tel passif, nul doute que Martine Lombard dispose de toutes les qualités pour se lancer dans des récits palpitants, dramatiques et surtout très réalistes et crédibles.

Écrire, c’est insuffler une partie de soi entre les pages d’un manuscrit qui sera publié ou non. L’auteure a donc décidé d’exploiter à fond la corde du voyage, en proposant différentes petites histoires, qui permettent d’en apprendre plus les vérités historiques. Les cours d’Histoire nous laissent en lettres d’or celles qui composent les noms des dirigeants et chefs de guerre. Impossible de séparer ce peuple qui pourtant fait le monde jour après jour. Un ensemble d’individus uniques, qui participent chacun à leur manière, à la construction de l’édifice que l’on admire ou craint, pendant des siècles… Martine Lombard a décidé de décrire ce que vivent les gens et non pas les grands.

            La compilation de textes ne suit pas de logique ou de connecteur, à part peut-être l’idée de ne pas se sentir à sa place. Parmi les nouvelles présentes dans le livre, 1989 trouve une connotation particulière pour le lecteur comme pour l’auteure. En effet, l’année correspond la chute du mur de Berlin, qui coupait le pays en deux : le bloc soviétique et les États-Unis de l’autre. Cet évènement bouleversant a vu des familles se réunir, après des années de séparation et surtout un énorme fossé entre celles et ceux qui ont vécu à l’est et à l’ouest. C’est le cas du personnage principal, qui est une étudiante. Kristina fait face à l’injustice, la cruauté de l’humain et les tabous concernant les questionnements sociaux de l’époque. La sixième nouvelle porte le nom d’Héroïne du jour. Globalement, la plupart des textes et récits présents dans le recueil Passe-Passe mettent à l’honneur les femmes. Ce récit suit un groupe de filles étudiantes, dans un climat très particulier. La mission qui leur est confiée est de tenir 71 jours. Une élite d’hommes très autoritaires exige qu’elles puissent se sacrifier, malgré leurs états d’âme. Une façon très efficace d’exposer la pression subie par les jeunes, enrôlés et endoctrinés dans un conflit qu’ils n’ont nullement demandé. L’on pourrait penser que ce recueil ne compte que des références à l’Allemagne, mais ce n’est pas le cas. Le récit La mendiante et la princesse raconte l’amitié qui unit la narratrice à une personne pauvre, qui erre dans les rues, sans domicile fixe. Petit à petit, les nouvelles laissent au lecteur le temps de respirer, de reprendre son souffle avant d’entrer dans une nouvelle phase tendue.

Avec un final aussi spectaculaire que La candidate, le lecteur lira un genre de rapport de police, qui expose l’absurdité du système administratif français et le traitement terrible dont font preuve certains immigrés qui cherchent à trouver refuge au sein d’une république qui se prétend terre d’accueil et mère des droits de l’Homme.

            Pour un premier essai dans le bain de la littérature, Martine Lombard mise sur la sincérité et sait jouer avec les émotions d’un lecteur ou d’une lectrice. Sans aucun doute enrichie par cette pléthore de rencontres et de situations qu’elle a sans doute vécues elle-même, l’écrivaine souhaite poser des mots sur un monde souvent injuste, où être une femme étrangère représente un défi. Ainsi, n’importe quelle génération peut se confronter à ce livre. Il serait même très intéressant de le faire lire à des jeunes, afin de leur exposer l’âpreté d’une réalité, qui semble si proche et lointaine. Finalement, le recueil Passe-passe ne diabolise jamais une entité ou un « clan ». Le but est sans doute de marquer le coup, de poser sur papier des situations qui ont bel et bien existé, malgré leur caractère cru et difficile à imaginer. Une leçon d’humanité sans ton moralisateur ni pessimiste, qui est aussi divertissante et ludique à la fois. Grâce à sa plume poétique qui ne garde que l’essentiel, Martine Lombard invite son lecteur à embarquer à bord d’un train qui secoue, où le cœur est mis à rude épreuve. Pour elle, impossible d’apposer un filtre sur l’image d’une vie qui n’est ni blanche, ni noire, mais plutôt un tableau aux nuances parfois éclatantes et d’autres fois carrément sombres. Bref, un bel exploit pour un premier ouvrage, qui donne envie d’en apprendre plus sur l’auteure derrière de telles intrigues. 

. Zack SEMINET

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