Interview de l’auteur et critique de la pièce de théâtre , « Le poids de l’eau » après avoir vu le spectacle.
Interview de Alexandre Testagrossa, auteur, comédien et metteur en scène dans la pièce de théâtre » Le poids de l’eau ».

Alexandre, pouvez-vous nous raconter votre parcours ? Qu’est-ce qui vous a amené à l’écriture et au théâtre ?
Je suis issu d’une famille qui n’est pas du tout liée à l’art mais qui m’a énormément enrichi de par son histoire d’immigration. Italie (du Nord et de la Sicile), Tunisie, Portugal, je baigne dans diverses cultures depuis ma naissance. J’ai également vécu dans plusieurs pays, travaillé depuis mon adolescence, fait de longues études en français, italien et espagnol, beaucoup de sport de compétition (natation, water-polo, triathlon notamment)… et je pense que tout ça a généré en moi une curiosité et une soif d’apprendre et de comprendre qui est peut-être à la base de mes envies d’écriture. Le théâtre est tombé un peu par hasard quand j’ai rejoint une troupe juste parce qu’il manquait un homme il y a une quinzaine d’année.
Comment est née l’idée d’écrire Le Poids de l’eau ? Y a-t-il eu une rencontre, une expérience personnelle ou une réflexion particulière qui vous a donné envie de raconter cette histoire ?
Ma vie est une séquence de rencontres. Ayant vécu dans plusieurs pays et villes, j’ai toujours eu à me refaire de nouvelles amitiés et beaucoup d’entre elles je les ai gardées. Je suis fasciné par l’évolution de l’amitié ou de l’amour. Pourquoi cette personne plus qu’une autre? Pourquoi celle-ci a duré et l’autre non? Pourquoi celle-ci s’est transformée en amour? Si on voulait faire un tableau Excel avec des critères comme le font certaines émissions de télévision, c’est voué à l’échec. C’est donc plus profond que ça et à mon avis ça se situe dans l’inconscient, dans l’énergie qui passe entre ces deux personnes, entre leurs regards, peut-être parfois un simple toucher. C’est de là qu’est née l’idée d’écrire Le poids de l’eau, je voulais absolument qu’au départ les deux protagonistes soient des inconnus. Une fois le cadre initial posé j’ai essayé de comprendre qui ils étaient et j’ai creusé dans mon passé ou celui de personnes qui me sont proches pour aller chercher une profondeur dans les personnages. Certains sujets me hantent depuis longtemps et c’était l’occasion de les aborder dans cette pièce.
Questions autour du spectacle

Dans Le Poids de l’eau, tout commence dans les vestiaires d’une piscine, où deux hommes que tout semble opposer se rencontrent. L’un est un nageur de compétition, l’autre va peu à peu entrer dans son univers. Pourquoi avoir choisi ce lieu si particulier pour faire naître cette rencontre et cette amitié ?
Le vestiaire de piscine s’est imposé comme une évidence pour moi. Étant moi-même nageur de compétition depuis mon enfance, encore cette année j’ai été notamment sacré double champion de France et quadruple champion du Portugal, c’est un lieu que je connais. Son ambiance, ses odeurs, ses recoins, ses mystères. La première version du Poids de l’eau a été écrite en Portugais pour que je puisse la jouer avec un ami comédien et nageur de compétition dans un club de Lisbonne comme moi. Il a accepté le projet mais pas dans l’immédiat pour des raisons de disponibilité, j’ai donc traduit la pièce pour la jouer en France et en français
Les deux personnages ont une différence d’âge, mais aussi des ambitions et des personnalités qui leur sont propres. À travers leurs échanges, souvent teintés d’humour et de sous-entendus, ils vont progressivement se dévoiler. Avez-vous envie de montrer que l’amitié peut naître au-delà des différences et bouleverser nos certitudes ?
Pour moi, les relations quelles qu’elles soient ne peuvent pas être mises dans des cases. Le fait que ce soient deux hommes d’âges et de passés différents est pour moi presque un non sujet au départ mais qui en devient au fur et à mesure que la pièce avance puisqu’eux-mêmes essaient de comprendre pourquoi il y a cette alchimie qui les aimantent l’un à l’autre. Je veux vraiment encourager les personnes à suivre leurs instincts et à ne pas se fier á ce que la société nous impose. Le bonheur, l’amitié, l’amour ou tout autre beau sentiment peut se trouver au coin d’une rue ou dans un vestiaire de piscine.
Leur relation évolue au fil du temps : ils partagent des ambitions sportives, se lancent des défis, puis se retrouvent ensemble dans un stage de théâtre où ils doivent travailler à la création d’un spectacle. Ce passage de la piscine à la scène est assez inattendu. Que représente-t-il dans la construction de leur relation ?
Franck le personnage le plus âgé est bloqué dans son passé qui est lié à la natation. Julien a un rêve qu’il n’ose pas vivre, mais lorsqu’il le dévoile un peu par hasard à Franck, celui-ci se prend une claque qui va le faire réagir concernant sa vie qui stagne au fond d’un puits imaginaire et à celle qu’il pourrait avoir. Franck va alors tout faire pour que le rêve de Julien dans le théâtre se réalise. Est-ce juste pour faire plaisir à Julien ou parce qu’il voit une manière de s’échapper de son passé aussi? C’est un tournant qui est nécessaire dans une relation où chacun est à l’écoute de l’autre. Sans cette empathie, une relation d’amitié ou d’amour est vouée à l’échec. C’est ce que représente le passage de la piscine au stage de théâtre.
Au fil de la pièce, on ressent une véritable complicité entre les deux hommes, mais aussi une forme de peur de l’engagement. Leur attachement devient de plus en plus fort, et l’on se demande jusqu’où cette relation peut les conduire. Souhaitiez-vous laisser planer cette ambiguïté entre amitié profonde, fusion et amour ?
C’est exactement ça. Où est la frontière entre l’amitié et l’amour? Pourquoi nos peurs du passé nous empêchent autant d’avancer? Dans le cas d’une relation, il est évidemment nécessaire que les deux parties aient envie de la même chose au même moment. Leurs traumas du passé étant si forts, ils n’avancent pas au même rythme, lorsque l’un a un sursaut de courage, l’autre est effrayé. C’est de là que naît l’ambiguïté de leur relation.
Enfin, la mise en scène accompagne avec beaucoup de justesse cette histoire, à la fois drôle et émouvante. Le spectacle nous parle de la difficulté de se construire à deux, de l’attachement et de la peur de s’engager. Quel message aimeriez-vous que les spectateurs emportent avec eux en quittant la salle ?
Avec cette mise en scène, j’ai essayé de montrer la réalité de leur relation et ce qui se passe dans leurs têtes, que ce soit des rêves ou des réflexions. La vie n’est jamais linéaire, nous sommes ce que notre passé a fait de nous mais également ce que le présent nous apporte et ce que le futur nous laisse imaginer. Je souhaite que les spectateurs puissent repartir avec un message d’espoir que rien n’est écrit d’avance et que le bonheur est peut-être déjà autour de nous sans que nous ne l’ayons remarqué.
Lorsque vous écrivez une pièce comme Le Poids de l’eau, partez-vous d’abord des personnages et de leurs dialogues, ou avez-vous dès le départ une idée précise de l’histoire que vous souhaitez raconter ?
La trame du Poids de l’eau a été écrite presque d’un trait en quelques semaines sans que je sache ce que serait la fin de l’histoire. Je suis vraiment parti de la rencontre de deux inconnus et j’ai appris à les connaître en écrivant sur leur rencontre dans le vestiaire d’une piscine. Il m’a ensuite fallu presque un an pour approfondir les personnages, leurs passés et affiner l’histoire grâce à mes recherches.

Interview signée Léa Berroche
Mon avis sur les spectacle
c’est un spectacle qui nous plonge dans les vestiaires d’une piscine, où deux hommes que tout semble opposer vont peu à peu apprendre à se connaître. De cette rencontre inattendue naît une amitié singulière, nourrie de confidences, de complicité et de quelques sous-entendus savamment distillés, qui donnent lieu à des situations aussi drôles que touchantes.
Le plus âgé des deux hommes est un nageur de compétition, animé par ses ambitions sportives. La conversation s’engage autour de la natation, puis, au fil des échanges, chacun se dévoile progressivement à l’autre. Les personnalités s’affirment, les différences apparaissent, parfois sources de désaccords, mais aussi d’une belle richesse dans leur relation. Peu à peu, une véritable complicité s’installe, laissant place à l’envie de partager bien davantage que de simples entraînements.
Un défi sportif les conduit à s’entraîner ensemble en vue de compétitions. Mais leur aventure ne s’arrête pas là : les deux hommes se lancent également dans un stage de théâtre, où ils doivent travailler ensemble à la préparation d’un spectacle. Une nouvelle expérience qui vient bousculer leurs repères et approfondir encore leur relation.
Jusqu’où cette complicité les mènera-t-elle ? De l’amitié fusionnelle à l’attachement profond, jusqu’à laisser entrevoir la possibilité d’un sentiment amoureux, le spectacle explore avec finesse les frontières parfois incertaines des relations humaines. Une question se dessine alors : comment se construire à deux lorsque l’engagement fait peur et que les sentiments viennent bouleverser les certitudes ?
La mise en scène
La mise en scène, parfaitement adaptée à la thématique, accompagne avec justesse l’évolution de cette relation. Le spectacle oscille entre humour et émotion, sans jamais tomber dans l’excès ni dans le cliché. Les sous-entendus apportent une légèreté bienvenue, tandis que les moments plus intimes révèlent la fragilité des personnages et leurs difficultés à se livrer pleinement.
Interprétation
Les deux comédiens sont particulièrement remarquables. Leur jeu d’une grande justesse donne toute sa force à cette rencontre progressive. Ils forment un duo qui fonctionne à merveille, porté par une belle complémentarité et une écoute mutuelle. On se laisse volontiers emporter par leur talent, tant leur interprétation rend crédible et touchante cette relation qui se construit peu à peu sous nos yeux.
Conclusion
Au-delà d’une simple histoire de rencontre, Le Poids de l’eau nous invite à réfléchir à la place que l’on accorde à l’âge dans nos relations. Avec subtilité et sensibilité, le spectacle rappelle que les sentiments ne se mesurent ni en années ni en différences. L’amitié, l’attachement et l’amour peuvent naître là où on ne les attend pas, et aucune différence d’âge ne devrait constituer une barrière à leur épanouissement.
Un spectacle émouvant, drôle , qui nous touche par sa sincérité et nous laisse avec une belle conviction : il n’y a pas d’âge pour se rencontrer, se découvrir et, peut-être, s’aimer.
Informations pratiques:
À la Folie Théâtre , 6 Rue de la Folie Méricourt, 75011 Paris
Téléphone : 01 43 55 14 80
Jeudi, vendredi et samedi à 21h 30 jusqu’au 3 novembre
I
Catégories